La chouette de Dijon : histoire, légendes et pourquoi on l'a adoptée
Sculptée sur un contrefort de Notre-Dame, frappée au marteau en 2001 puis réparée : l'histoire de la chouette de Dijon, son rituel, son parcours, et ce qu'elle dit de notre atelier.
Par l'atelier Chouette

Trente-cinq centimètres de pierre, pas d'yeux, pas de bec, pas de plumes. Et pourtant, des générations de Dijonnais et de visiteurs sont venus lui confier un vœu, la main gauche posée sur son dos lissé par les siècles. La chouette de Notre-Dame est sans doute la plus petite célébrité de Dijon, et certainement la plus touchée.
Nous lui devons notre nom. Avant d'expliquer pourquoi, il nous a semblé honnête de raconter son histoire telle que les sources la connaissent, c'est-à-dire avec ses certitudes, ses zones d'ombre et ses légendes, sans les mélanger.
Un petit oiseau sur le flanc nord de Notre-Dame
Pour la trouver, il faut quitter le parvis de l'église Notre-Dame, celui que surveille le Jacquemart, et contourner l'édifice par la gauche. La rue de la Chouette, piétonne, longe le côté nord de l'église jusqu'au chevet. C'est là, sur la pierre d'un contrefort de chapelle, que se trouve la sculpture, perchée à environ 1,80 m du sol et haute de 35 cm, selon la notice consacrée à l'église.
Ne vous attendez pas à un oiseau détaillé. La silhouette est trapue, polie comme un galet. Ce qui la rend reconnaissable, ce sont deux petites aigrettes de part et d'autre de la tête. Si l'on cherche la chouette pour la première fois, on passe souvent devant sans la voir : c'est la file de visiteurs, ou la patine plus claire de la pierre, qui la trahit.
L'église elle-même est bien plus ancienne que son oiseau. La fiche pédagogique de la Ville de Dijon indique qu'elle a été construite entre 1220 et 1250 sur une parcelle étroite, ce qui explique sa façade plate, dite « façade-écran », hérissée de 51 fausses gargouilles reprises au XIXe siècle. Le Jacquemart, horloge à automate, y a été installé après avoir été rapporté de Courtrai en 1383 par Philippe le Hardi.
Le mot juste Les « gargouilles » de la façade n'évacuent aucune eau : ce sont des chimères, purement décoratives. La même fiche de la Ville de Dijon le rappelle aux enseignants. C'est un bon test pour savoir si votre guide du jour a bien révisé.
Ce que l'on sait de sa date, et ce que l'on ignore
Première certitude : la chouette est plus tardive que l'église. Les sources convergent vers la fin du Moyen Âge. L'office de tourisme régional la présente comme datant du XVe siècle ; la notice sur l'église évoque plutôt la fin du XVe ou le début du XVIe siècle. Le journaliste et historien de formation Bertrand Carlier, qui a consacré un livre au sujet, estime d'après ses recherches d'archives qu'elle est apparue au XVe siècle, en même temps que la chapelle qui la porte, comme il l'expliquait en conférence.
Seconde certitude, plus frustrante : aucun document connu n'explique pourquoi un sculpteur a placé là cet oiseau. La Ville de Dijon le dit sans détour dans ses ressources pédagogiques : son origine et sa signification « restent néanmoins floues ».
Ce vide a laissé beaucoup de place aux hypothèses. Les plus citées :
- La signature d'un bâtisseur. Un tailleur de pierre ou un maître d'œuvre nommé Chouet aurait laissé son nom sous forme de rébus. L'idée est séduisante, et la Ville de Dijon la mentionne en premier, mais elle n'est étayée par aucun texte connu.
- Un hommage aux ducs. Si l'oiseau est un grand-duc (nous y revenons plus bas), le jeu de mots avec les ducs de Bourgogne devient tentant. La famille Chambellan, qui fit construire une chapelle au XVe siècle, aurait pu vouloir saluer ainsi le pouvoir ducal, selon une hypothèse relevée par le blog Burgondiart.
- Un symbole de sagesse. L'oiseau d'Athéna, déesse de la raison et de la prudence. Lecture classique, mais pas forcément celle d'un artisan bourguignon de la fin du Moyen Âge.
- Des lectures religieuses, parfois contradictoires : l'oiseau de nuit a pu symboliser l'aveuglement spirituel, ou au contraire le Christ veillant sur une humanité plongée dans l'obscurité.
Aucune de ces pistes ne l'emporte. Méfiez-vous donc de toute brochure, plaque ou vidéo qui vous présente l'une d'elles comme « la » vraie explication.
Chouette ou hibou ? Le petit débat ornithologique
Les deux aigrettes posent problème. En français courant, on distingue la chouette, à tête ronde, du hibou, qui porte des touffes de plumes en forme d'oreilles. Or la sculpture en a. Des spécialistes de la Ligue pour la protection des oiseaux, cités par Burgondiart, y voient donc plutôt un hibou grand-duc.
La Ville de Dijon évoque elle aussi, parmi les hypothèses, une « représentation d'un hibou grand duc en référence aux ducs de Bourgogne ». Personne ne propose pour autant de rebaptiser la rue. L'usage a tranché depuis longtemps : à Dijon, c'est une chouette, et c'est très bien comme ça.
Le rituel du vœu, et ses variantes
La règle de base est partagée par toutes les sources, à commencer par l'office de tourisme de Dijon : on touche la chouette de la main gauche, la main du côté du cœur, en formulant un vœu. Beaucoup ajoutent la main droite posée sur le cœur. Et, cela va de soi, on garde son vœu pour soi.
Ensuite, les versions divergent, et c'est ce qui fait le charme d'une tradition orale. Une seconde sculpture, souvent appelée la salamandre, se trouve à environ deux mètres. Selon les récits, il ne faut pas la regarder après avoir fait son vœu, ou au contraire ne pas lui tourner le dos, faute de quoi elle « mangerait » le souhait. Nous ne trancherons pas. Nous nous contentons de constater que chacun repart persuadé d'avoir respecté la bonne version.
Une tradition qui use la pierre qu'elle célèbre : c'est tout le paradoxe de la chouette. Chaque main qui la caresse lui retire une infime épaisseur de matière.
Ce paradoxe n'est pas une figure de style. La surface lisse et claire de l'oiseau, qui contraste avec la pierre voisine, est le résultat de siècles de frottements. L'absence d'yeux et de bec vient aussi, au moins en partie, de cette usure. Bertrand Carlier précise d'ailleurs que Dijon « n'avait pas pour symbole la chouette dès le début » : sa popularité s'est construite progressivement.
5 janvier 2001 : les coups de marteau, puis la réparation
Le 5 janvier 2001, un individu frappe la sculpture à plusieurs reprises avec un marteau. La chouette est gravement abîmée, et l'émotion est considérable en ville. L'épisode est rappelé dans la notice de l'église comme par France Bleu Bourgogne (devenu ici), qui le mentionnait en 2017.
La suite nous intéresse particulièrement. On aurait pu remplacer tout le bloc de pierre par une copie neuve. Ce n'est pas ce qui a été fait. Les restaurateurs ont travaillé à partir d'un moulage de l'oiseau réalisé en 1988 par un statuaire mouleur du Louvre. Ce moulage a servi de référence pour combler les éclats : un fragment de pierre a été incrusté, puis patiné pour se fondre dans l'original. Les travaux ont eu lieu fin janvier et début février 2001, et la chouette restaurée a été officiellement inaugurée le 12 mai 2001. Une vidéosurveillance a été installée ensuite.
Retenez la logique : conserver ce qui reste, reconstituer seulement ce qui manque, en s'appuyant sur une empreinte fidèle de la forme d'origine. Le moulage de 1988, fait sans urgence, a permis de réparer en 2001 ce qui aurait été perdu.
La chouette a de nouveau été visée en février 2017, cette fois recouverte de peinture bleue et rose ; les services de la Ville l'ont nettoyée rapidement, comme le rapportait France Bleu. Le maire de l'époque, François Rebsamen, y voyait une atteinte au « cœur de notre ville inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco ». Le centre historique de Dijon fait en effet partie, depuis 2015, du bien « Climats du vignoble de Bourgogne ».
Selon Bertrand Carlier, c'est d'ailleurs surtout après l'épisode de 2001 que la chouette devient pleinement le symbole de Dijon. Comme si la ville avait mesuré son attachement au moment de manquer la perdre.
Le parcours de la Chouette : suivre les flèches de bronze
La chouette a donné son nom au circuit de découverte que l'office de tourisme propose dans le centre historique. Le principe est simple : des flèches en bronze incrustées dans le pavé, ornées d'une petite chouette numérotée, balisent l'itinéraire. On les suit tête baissée, ce qui constitue d'ailleurs le seul défaut du parcours : il faut penser à relever les yeux.
| Ce qu'il faut savoir | Détail | Source |
|---|---|---|
| Boucle principale | 22 étapes dans le centre historique | Bourgogne Tourisme |
| Durée | environ une heure pour la boucle principale ; 1 h 30 à 2 h pour l'ensemble des boucles | Office de tourisme de Dijon, Bourgogne Tourisme |
| Départ conseillé | le jardin Darcy, mais la boucle peut se prendre en cours de route | Office de tourisme de Dijon |
| Extensions | depuis 2011, 3 boucles et 15 étapes supplémentaires : quartier Jean-Jacques Rousseau, quartier Zola, accès au puits de Moïse et à la chartreuse de Champmol | Office de tourisme de Dijon |
| Support | livret vendu aux points d'accueil de l'office de tourisme, ou application mobile | Office de tourisme de Dijon |
Les tarifs du livret et de l'application évoluent : l'office de tourisme les affichait « à partir de 4 € » sur sa page anglaise consultée en septembre 2026. Vérifiez sur place avant de partir.
Parmi les étapes, la rue de la Chouette offre à elle seule une petite leçon d'histoire urbaine. La Ville de Dijon la cite, avec la rue Verrerie, comme un bon exemple de rue de la fin du Moyen Âge, bordée de maisons à pans de bois, et signale la maison Millière, au 10 rue de la Chouette. Dans la même rue, l'hôtel de Vogüé date de 1610.
Trois conseils pour en profiter
- Venez tôt le matin si vous voulez toucher la chouette sans faire la queue ; en haute saison, l'après-midi, la rue devient un point de passage obligé des groupes.
- Prenez le livret plutôt que de suivre les flèches à l'aveugle. Les flèches disent où aller, pas ce que l'on regarde. Sans commentaire, on rate les cours intérieures et les détails de façades.
- Faites au moins une boucle secondaire. Celle du quartier Jean-Jacques Rousseau passe dans un Dijon plus calme. Notre atelier se trouve d'ailleurs rue Jean-Jacques Rousseau, mais il ne se visite que sur rendez-vous : ne sonnez pas au passage en espérant voir tourner une imprimante.
Pourquoi un atelier d'impression 3D s'appelle Chouette 3D
Nous aurions pu choisir un nom technique, avec « print », « lab » ou « fab » dedans. Nous avons préféré un symbole que tout le monde reconnaît ici, et qui dit quelque chose de notre façon de travailler.
Un objet qu'on touche. La chouette n'est pas une œuvre qu'on regarde de loin derrière une vitre. Son histoire est faite de mains qui l'ont usée. C'est aussi le destin des pièces que nous fabriquons : un bouton de four, une poignée de hublot, un clip de tiroir, des objets qui servent tous les jours et qui doivent tenir sous les doigts.
Une réparation plutôt qu'un remplacement. En 2001, on a gardé la chouette d'origine et reconstitué seulement ce qui manquait, grâce à une empreinte fidèle de sa forme. C'est exactement l'idée qui guide une grande partie de notre travail : quand une petite pièce casse, on ne jette pas l'appareil, on refait la pièce. Nous l'expliquons en détail dans notre article sur la pièce cassée introuvable, et le cadre légal qui encourage la réparation est décrit dans celui consacré à la loi anti-gaspillage.
La mesure avant tout. Le moulage de 1988 rappelle une évidence de métier : on ne reproduit bien que ce qu'on a mesuré ou relevé avec précision. Pied à coulisse, photos cotées, parfois photogrammétrie : la qualité d'une pièce refaite se joue avant l'impression.
Un clin d'œil local. Enfin, soyons francs, un porte-bonheur ne fait pas de mal quand on lance un atelier. Nous ne prétendons pas qu'il garantit la réussite d'une impression ; le réglage du trancheur reste plus efficace qu'un vœu.
Faire imprimer une chouette : ce qu'on peut faire, et ce qu'on évite
Une petite chouette de Dijon imprimée, pour un cadeau de départ, un souvenir de visite ou une décoration ? C'est tout à fait possible, avec quelques précautions.
La sculpture, le logo et les fichiers ne sont pas dans la même situation
- La sculpture médiévale est bien trop ancienne pour être protégée par le droit d'auteur. On peut s'en inspirer librement pour dessiner un oiseau stylisé.
- Les logos et chartes graphiques utilisés par la Ville, l'office de tourisme ou d'autres organismes, souvent construits autour d'une chouette, sont une autre affaire. Nous ne reproduisons pas un logo existant sans l'accord de son titulaire.
- Les modèles 3D déjà en ligne (scans ou créations d'amateurs) ont chacun leur licence, parfois non commerciale. Avant d'en utiliser un, lisez notre guide sur les fichiers 3D gratuits et leurs licences.
Quelle technique pour quel usage
Pour une petite chouette très détaillée, de la taille d'un porte-clés ou d'une figurine de bureau, la résine MSLA donne une surface fine qui se prête bien à une patine façon pierre. Pour un objet plus grand ou plus robuste, un serre-livres par exemple, le PLA en filament suffit largement et coûte moins cher. Notre comparatif filament ou résine détaille les différences, et l'article sur les figurines en résine aborde les finitions et les prix.
À titre indicatif, notre grille publique situe une figurine en résine entre 15 et 45 € TTC, et la conception sur mesure démarre à 35 € si vous voulez un modèle dessiné pour vous (une chouette tenant un objet, un prénom gravé sur le socle, un style particulier). Les détails sont sur la grille des tarifs, et le déroulé d'un devis est expliqué dans cet article.
Une chouette à offrir, un souvenir de Dijon à personnaliser, ou simplement une pièce à refaire ? Décrivez-nous votre idée, même avec un croquis approximatif : devis gratuit sous 24 h ouvrées.
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Et la vraie chouette ?
Une dernière précision, pour éviter tout malentendu : nous ne proposons pas de « scanner la chouette » en la touchant, en la moulant ou en y appliquant quoi que ce soit. La sculpture fait partie d'un monument historique, elle a déjà suffisamment souffert. Des photos prises à distance respectueuse suffisent pour s'en inspirer, et le reste relève du dessin.
Si vous passez rue de la Chouette cette semaine, faites votre vœu de la main gauche, gardez-le pour vous, et regardez un instant la pierre autour de l'oiseau. Tout ce que vous voyez là, y compris la réparation de 2001, a été fait à la main par des gens qui préféraient réparer que remplacer.
Une pièce à refaire ?
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