Chouette.3D

Mesurer une pièce cassée pour la refaire en impression 3D

Photos utiles, cotes à relever, lecture du pied à coulisse, diamètre intérieur, pas de vis, pièce en morceaux : le guide pratique pour bien mesurer une pièce avant de la faire refaire en 3D.

Par l'atelier Chouette

Pour refaire une pièce en impression 3D, il faut des mesures justes au dixième de millimètre sur les cotes qui comptent, et de bonnes photos pour tout le reste. Pas besoin d'être technicien : avec une règle, un pied à coulisse d'entrée de gamme et une méthode simple, vous pouvez nous transmettre tout ce qu'il faut pour que la pièce s'ajuste du premier coup.

Ce guide suit l'ordre dans lequel nous travaillons nous-mêmes : les photos, le tri des cotes utiles, l'usage du pied à coulisse, les cas difficiles (trous, filetages, courbes, pièces en morceaux), puis un exemple complet et une check-list.

Commencez par les photos : elles valent plusieurs cotes

Avant de sortir le moindre outil, photographiez. Une bonne série de photos nous permet de comprendre la forme générale, les arrondis et la façon dont la pièce se monte. Les mesures viennent ensuite préciser les points critiques.

  • Une photo de la pièce en place, avant démontage, pour voir comment elle s'insère dans l'appareil ou le meuble.
  • Une photo de face, une de profil, une de dessus et une de dessous, pièce posée à plat sur un fond uni et clair.
  • Une règle graduée posée à côté de la pièce, au même niveau qu'elle, sur chaque photo. Elle donne l'échelle.
  • Des photos prises bien perpendiculairement : un angle de biais déforme les proportions.
  • Des gros plans des zones délicates : clips, trous, filetages, crans.
  • Une photo de la pièce qui reçoit la vôtre : l'axe, le rail, le trou de fixation.

Éclairez en lumière du jour indirecte, sans flash, pour éviter les reflets qui masquent les détails.

Trois astuces de photo qui changent tout

  • Reculez et zoomez un peu plutôt que de coller le smartphone à la pièce. De très près, l'objectif grand-angle grossit ce qui est proche et rétrécit ce qui est loin ; en reculant, les proportions sont plus fidèles.
  • Pour une pièce plate (plaque, cache, gabarit), posez-la sur la vitre d'un scanner de bureau avec une règle à côté. Le scan donne un profil quasiment sans déformation, que nous pouvons décalquer à l'échelle.
  • Pour une pièce sombre, un fond blanc ; pour une pièce claire, un fond foncé. Le contour doit se détacher nettement.

Les cotes à relever en priorité

Toutes les mesures n'ont pas la même importance. Une pièce peut avoir une forme extérieure approximative et fonctionner parfaitement ; en revanche, un trou trop petit de 0,3 mm l'empêchera d'entrer sur son axe. Concentrez-vous sur les cotes fonctionnelles, celles qui touchent une autre pièce.

Type de coteExemplesPrécision utile
Ajustements (ce qui s'emboîte)Diamètre d'un trou pour un axe, largeur d'une rainure, épaisseur d'un clipAu dixième de millimètre
PositionsEntraxe entre deux trous de vis, distance d'un trou au bordAu dixième si possible
EncombrementLongueur, largeur et hauteur totalesAu millimètre
Forme généraleArrondis, chanfreins, décorationsLes photos suffisent souvent

Faites un croquis à main levée, même maladroit, et notez chaque cote dessus avec une flèche. Un chiffre isolé sur un papier, sans savoir à quoi il correspond, ne sert à rien.

Les outils : ce qui suffit, ce qui aide

OutilÀ quoi il sertIndispensable ?
Règle graduéeÉchelle sur les photos, grandes longueursOui
Pied à coulisse (numérique de préférence)Diamètres, épaisseurs, profondeurs au dixièmeFortement conseillé
Jauge de filetage (peigne)Identifier un pas de vis en un gesteUtile si la pièce se visse
Jeu de foretsEstimer un petit diamètre intérieurDépannage
Jauge de rayonsMesurer un arrondiRarement nécessaire
Scanner de bureauProfil exact d'une pièce platePratique

Utiliser un pied à coulisse sans se tromper

Le pied à coulisse est l'outil de base. Les modèles numériques affichent directement la valeur, généralement au centième de millimètre, et suffisent largement. Il mesure de trois façons :

  • Les grands becs du bas mesurent l'extérieur : épaisseur, diamètre d'un axe.
  • Les petits becs du haut mesurent l'intérieur : diamètre d'un trou, largeur d'une rainure.
  • La tige de profondeur, qui sort au bout de la règle, mesure la profondeur d'un trou ou d'un épaulement.

Lire un pied à coulisse mécanique

Sur un modèle à vernier, sans écran, la lecture se fait en deux temps, comme l'explique ce guide de lecture du vernier :

  1. Regardez où tombe le zéro de la petite échelle mobile (le vernier) sur la grande règle : le nombre entier de millimètres situé juste à gauche est la première partie de la mesure, par exemple 12 mm.
  2. Cherchez ensuite le trait du vernier parfaitement aligné avec un trait de la grande règle. Sa valeur donne les dixièmes, par exemple 4 sur un vernier au dixième.
  3. Additionnez : 12 + 0,4 = 12,4 mm.

Selon le modèle, le vernier est gradué au 1/10, au 1/20 ou au 1/50 de millimètre, soit une précision de 0,1, 0,05 ou 0,02 mm.

Les erreurs classiques

  • Serrer trop fort : sur du plastique, on écrase la pièce et on mesure trop petit. Refermez les becs doucement jusqu'au contact.
  • Oublier le zéro : sur un modèle numérique, fermez les becs et remettez à zéro avant chaque série.
  • Mesurer de biais : les becs doivent être perpendiculaires à la surface.
  • Mesurer au bout des becs : la mesure est plus juste près de la règle, au fond des becs, là où l'outil fléchit le moins.
  • Mesurer une seule fois : prenez chaque cote deux ou trois fois, à des endroits différents, et gardez la valeur la plus fréquente.

Les cas délicats

Mesurer un diamètre intérieur

C'est la mesure la plus délicate, et souvent la plus importante. Placez les petits becs du haut dans le trou, écartez-les jusqu'au contact, puis faites légèrement tourner l'outil : la bonne valeur est la plus grande que vous lisez, celle qui correspond au vrai diamètre et non à une corde du cercle. Pour un trou trop petit pour les becs, mesurez plutôt l'axe qui y entre, ou essayez des forets de diamètres connus : celui qui entre sans forcer donne une bonne indication.

Identifier un pas de vis

Si la pièce se visse (bouchon, écrou, embout), deux informations suffisent : le diamètre extérieur du filetage et le pas, c'est-à-dire la distance entre deux sommets de filet. Pour trouver le pas, mesurez la longueur couverte par dix filets et divisez par dix : 10 mm pour dix filets donnent un pas de 1 mm.

Pour la visserie métrique courante, les pas standard (dits « gros pas ») sont connus, d'après le tableau des filetages ISO : 0,5 mm pour une vis M3, 0,7 mm pour M4, 0,8 mm pour M5, 1 mm pour M6, 1,25 mm pour M8.

Attention aux filetages en pouces, fréquents en plomberie et sur certains raccords. Le filetage dit « gaz » (norme ISO 228-1) se compte en filets par pouce : un G 1/2, appelé 15×21 par les plombiers, a 14 filets par pouce, soit un pas de 1,814 mm, et un diamètre extérieur d'environ 20,96 mm, selon le tableau de Wikipédia sur le filetage gaz. Si vous mesurez un pas « bizarre » comme 1,8 mm, c'est très probablement un filetage de ce type. Un bouchon de flacon ou de réservoir, lui, a souvent un filetage spécifique : envoyez aussi la pièce sur laquelle il se visse, ou photographiez-la avec la règle.

Relever une courbe ou un profil complexe

Une poignée galbée ou un cache aux formes arrondies ne se mesure pas cote par cote. Deux méthodes simples : tracer le contour de la pièce posée à plat sur une feuille de papier millimétré, ou la scanner comme expliqué plus haut. Pour un profil en creux, une empreinte en pâte à modeler, photographiée coupée en deux à côté d'une règle, donne une bonne idée de la forme.

Bon à savoir : une pièce imprimée n'est jamais cotée exactement comme votre mesure. Nous ajoutons un léger jeu, en général quelques dixièmes de millimètre, là où deux pièces doivent s'emboîter ou tourner l'une dans l'autre. Donnez-nous donc la mesure réelle de l'original, sans essayer de corriger vous-même : c'est à nous d'ajuster selon la matière et la machine.

Pourquoi le dixième compte, et pourquoi on prévoit un essai

L'impression 3D n'est pas une machine-outil de précision. À titre de repère, un grand service d'impression en ligne annonce pour ses impressions par filament de prototypage une précision de ± 0,5 % avec un minimum de ± 0,5 mm, et de ± 0,3 % (minimum ± 0,3 mm) pour ses machines industrielles. Une machine bien réglée et une pièce bien orientée font souvent mieux, mais ces ordres de grandeur expliquent deux choses :

  • Vos mesures doivent être plus précises que la machine, pour ne pas additionner deux incertitudes.
  • Pour une pièce à ajustement serré, nous imprimons parfois un petit tronçon d'essai (juste la zone du clip ou du trou) avant la pièce complète. Cela prend peu de matière et évite de refaire tout l'objet.

Les petits trous, en particulier, ont tendance à sortir un peu plus serrés que dessinés en impression par filament. C'est un effet connu que nous compensons à la conception : raison de plus pour nous donner la cote réelle et non une cote « corrigée ».

Et si la pièce est en morceaux ?

C'est le cas le plus fréquent, et ce n'est pas un problème.

  1. Récupérez tous les fragments, même minuscules, et mettez-les dans un sachet.
  2. Ne recollez pas à la colle forte : un assemblage raté fausse les cotes. Au besoin, maintenez les morceaux avec du ruban adhésif le temps d'une photo.
  3. Mesurez chaque morceau séparément sur les zones intactes : un trou entier, une paroi non déformée.
  4. Cherchez une pièce jumelle : l'autre côté d'une tringle, la roulette voisine d'un panier, l'autre bouton du four. Elle se mesure bien plus facilement.
  5. Mesurez l'emplacement : si la pièce a disparu, les dimensions de ce qui la reçoit suffisent souvent à la redessiner.

Vous pouvez aussi simplement nous confier les morceaux : nous prenons les mesures à l'atelier, sur rendez-vous.

Exemple complet : un clip de fixation de cache

Pour rendre tout cela concret, voici ce que donne la méthode sur une pièce banale : le clip qui retient un cache plastique sur un meuble de salle de bains, cassé à la base de sa languette.

  1. Photos : le clip en place, puis les deux morceaux posés sur fond blanc avec une règle, de face et de profil, et le trou du meuble dans lequel il s'enclenche.
  2. Croquis : une vue de face et une vue de profil, dessinées à main levée.
  3. Cotes fonctionnelles : largeur et épaisseur du trou du meuble (par exemple 8,2 × 3,1 mm), épaisseur de la languette sur la partie intacte (1,4 mm), hauteur du crochet (0,9 mm), épaisseur du cache à traverser (4,0 mm).
  4. Encombrement : longueur totale, largeur de la tête, au millimètre.
  5. Contexte : pièce d'intérieur, humidité, effort faible, quatre clips identiques sur le meuble.

Avec ces éléments, le clip peut être redessiné sans avoir à se déplacer. Nous épaississons légèrement la base de la languette, là où l'original a cédé, et nous conseillons de refaire les quatre clips d'un coup.

Pour d'autres exemples appliqués, voyez nos articles sur les pièces de lave-vaisselle, les boutons de four cassés et les pièces de stores et de volets.

La check-list avant d'envoyer votre demande

  • Photos de la pièce en place, puis seule sous quatre angles, avec une règle à côté.
  • Gros plans des clips, trous et filetages.
  • Croquis à main levée avec les cotes notées dessus.
  • Cotes fonctionnelles mesurées deux ou trois fois : trous, axes, entraxes, épaisseurs de clip.
  • Longueur, largeur et hauteur totales.
  • Pas de vis éventuel, métrique ou en pouces.
  • Usage de la pièce : intérieur ou extérieur, chaleur, eau, effort, pour choisir la matière.
  • Nombre d'exemplaires souhaités.
  • Marque et modèle de l'appareil, si vous les connaissez.

Pour aller plus loin

Le pied à coulisse n'est pas toujours le meilleur outil. Sur une forme organique ou une surface courbe, le comparatif entre scanner 3D et mesure manuelle montre, sur cinq cas concrets, quand combiner les deux. Certains tentent aussi la photogrammétrie au smartphone : la méthode fonctionne, mais ses limites d'échelle et de précision méritent d'être connues avant de s'y fier.

Une mesure exacte ne garantit pas un emboîtement réussi : un axe de 10 mm n'entre pas dans un trou imprimé de 10 mm, et les jeux à prévoir expliquent pourquoi. Enfin, avant de sortir le pied à coulisse, vérifiez si la pièce n'est pas encore vendue : retrouver sa référence prend parfois moins de temps que la mesurer.

Questions fréquentes

Faut-il absolument un pied à coulisse ?

Non, mais c'est très utile. Un modèle numérique d'entrée de gamme se trouve en magasin de bricolage pour un prix modeste. Sans lui, envoyez des photos avec règle et, si possible, la pièce elle-même : nous mesurerons.

Mes mesures sont un peu différentes d'un endroit à l'autre, laquelle choisir ?

Notez toutes les valeurs et indiquez où vous les avez prises. Une pièce usée ou déformée n'est plus parfaitement régulière, et ces écarts nous renseignent sur la forme d'origine.

Pouvez-vous travailler uniquement à partir de photos ?

Pour une pièce décorative, souvent oui. Pour une pièce qui s'emboîte, il nous faut au moins les cotes fonctionnelles, sinon le risque d'une pièce qui ne s'ajuste pas est réel. Notre article d'une idée, d'un croquis ou d'une photo à un objet 3D détaille ce qui est possible sans fichier, et notre article pilier sur la pièce cassée introuvable décrit l'ensemble de la démarche.

Vos photos et mesures sont prêtes ? Déposez-les dans notre formulaire de réparation, ou dans la demande de conception s'il s'agit d'une pièce à redessiner entièrement. Le devis est gratuit, sans engagement, et nous vous répondons sous 24 h ouvrées, y compris pour vous dire s'il manque une cote.

Une pièce à refaire ?

Envoyer une photo →

À lire aussi